Bousbir, le quartier réservé de Casablanca

Je n'ai pas connu ce quartier vu que je suis né en 1950 mais mes aînés oui. Je ne saurais vous dire s'ils l'ont fréquenté ou visité. Voici un condensé, avec quelques modifications, de l'article de wikipedia non empreint du ressenti négatif de certains autres. La date de la fermeture définitive n'est pas la même selon les sources mais plusieurs la situe en 1955 c'est-à-dire avant la fin du protectorat.

Quand et pourquoi

Quand le Maroc devient un protectorat français en 1912, les autorités françaises sont préoccupées par la propagation des infections sexuellement transmissibles, en particulier la syphilis, parmi les troupes stationnées dans le protectorat. Elles mettent alors en place un quartier réservé, Bousbir, à Casablanca et organisent la prostitution en la réglementant. L'architecte français Henri Prost et ses collaborateurs définissent le plan de la ville de 1917 à 1922 dans lequel est inclut un ' quartier réservé ' à l'écart du centre-ville, qui deviendra actif en 1924 jusqu'en 1955.

Le nom

Bousbir est la prononciation locale du prénom de Prosper (Ferrieu), un diplomate français à qui appartenait le terrain où le nouveau quartier réservé a été édifié.

Le lieu

Bousbir fait face au bidonville de Ben M’Sik, lui aussi cité dans les guides touristiques, qui comptait plus de 50 000 habitants en 1954.

Le quartier

La zone délimitée forme un rectangle de 160 mètres sur 150, ceinturé par un haut mur aveugle. Il n'y a qu'une seule entrée piétonne. Partant de l'entrée, une grande voie conduit à la place principale de 48 mètres sur 20. De la rue principale et la place partent des ruelles, dont chacune avait un nom qui indique l'origine prétendue des prostituées, comme la rue Elfassiya, la rue Doukkaliya, la rue Lahriziya, etc. Bousbir comptait un cinéma, un hammam, des cabarets, des restaurants, des cafés, nombre de boutiques, un poste de police et de gendarmerie, une prison et un dispensaire.

Les prostituées

De 450 et 680 prostituées, principalement marocaines, y vivent et y exercent. Elles offrent leurs services sexuels à entre 1000 et 1 500 visiteurs par jour. Certaines sont venues à Bousbir de leur propre volonté, mais environ un tiers ont été amenées après avoir été arrêtées pour prostitution illicite dans d'autres quartiers de la ville. Beaucoup ont contracté des dettes envers la « Madame » qui les loge. L'âge minimum des prostituées était de 12 ans. Les prostituées devaient se soumettre obligatoirement à des contrôles de santé réguliers et n'étaient autorisées à quitter Bousbir qu'une fois par semaine, à condition d'avoir obtenu un permis de la police.

Bousbir, lieu touristique ?

La visite du quartier ne se réduisait pas aux rapports sexuels avec les travailleuses du sexe. Bousbir est mentionné dans plusieurs guides touristiques de l'époque. Beaucoup de touristes venaient plutôt par curiosité sans forcément avoir recours à la prostitution, la clientèle des prostituées étant constituée principalement de marins, de militaires ainsi que de Marocains. Des cartes postales sont vendues comme souvenirs. Beaucoup de clichés sont dus au photographe de l'armée française Marcelin Flandrin qui a joué un rôle important dans la création du stéréotype de la « Mauresque » prostituée : jeune, brune, une allure exotique pour l'œil européen, seins nus ou portant des robes ou des caftans.

La fermeture

Bousbir ne parvenant pas à endiguer les maladies vénériennes et n'attirant que 15 % des travailleuses du sexe de Casablanca. Le but initial de sa création ne fut pas atteint. Et comme le quartier réservé représentait un scandale moral et politique pour certains, la Résidence générale le ferma en avril 1955, un an avant l’indépendance du Maroc.